Du management…
Un collègue m’a rĂ©cemment envoyĂ© un papier de Steven Kerr ”On the folly of rewarding A, while hoping for B“. Il montre que très souvent le discours officiel d’une organisation est de vouloir un comportement, tout en mettant en place un système de rĂ©compense/punition qui dans les faits pousse les gens Ă un comportement tout autre, voire opposĂ©.
Par exemple on demande Ă un joueur de sport collectif d’avoir “l’esprit d’Ă©quipe” et pourtant on ne fĂ©licite que les actions individuelles. D’ailleurs, on ne rĂ©sume un match de football que par les noms des buteurs. Ainsi, agacĂ© qu’un joueur fasse trop de passes Ă l’adversaire, un entraineur sanctionne chaque passe ratĂ©e ; au match suivant personne ne fait plus aucune passe et le jeu est bloquĂ©.
Exemple parfait de contre-productivitĂ© : une clinique veut rĂ©duire le nombre de dĂ©cès. On met donc en place une prime qui doit rĂ©compenser le chirurgien qui a moins de X dĂ©cès dans le mois sur le billard. Que va-t-il se passer ? On peut parier que dans les mois suivants tous les chirurgiens vont toucher la prime… En effet, dès qu’ils s’approchent du quota fatidique, ils repoussent toutes leurs opĂ©rations dĂ©licates au mois suivant ! Du coup les gens dĂ©cèdent dans leur lit en attendant l’opĂ©ration, mais ça n’est pas le problème du mĂ©decin. Tout le monde touche sa prime, cependant le nombre de dĂ©cès global de la clinique augmente…
Cette thĂ©orie semble ĂŞtre un grand classique du management (le papier remonte Ă 1975) mais je n’en avais jamais entendu parler. Et quand je l’ai lu j’ai eu une illumination. Tenez, imaginez que vous vous tenez sur une grande Ă©tendue de sable, une sorte de drap rouge Ă la main ; vous le secouez un peu en vous demandant pourquoi vous avez ça Ă la main
, quand vous entendez un bruit de sabots tagadam-tagadam dans votre dos
et *vlan*
… au gĂ©nie logiciel.
J’ai compris beaucoup de choses sur le projet de dĂ©veloppement en lisant cela.  Finalement, qu’est-ce que l’on demande aux dĂ©veloppeurs ? Comportement ‘A’ : “Produire du code de qualitĂ©, maintenable par autrui”. Qu’est-ce que l’on rĂ©compense ? Les dĂ©lais de livraison : comportement ‘B’. Je n’ai jamais vu un dĂ©veloppeur se faire sanctionner pour du code mal Ă©crit, non commentĂ© ou conçu de traviole. Par contre, prenez du retard sur le dĂ©veloppement, vous allez vous faire enguirlander et vous devrez rester tard tous les soirs pour faire bonne figure. Donc, si vous avez envie d’une vie de famille ou de loisirs : bâclez votre code.
Ne commentez surtout pas, et ne testez que si l’on vous le demande. De toute façon c’est votre successeur qui sera pĂ©nalisĂ© par le code non-maintenable ; c’est lui qui ratera ses deadlines
*niark niak niak niak* (<- rire façon méchant dans James Bond).
Rendre ‘A’ inĂ©vitable, rĂ©compenser ‘B’
On va pas chasser le naturel, alors on va biaiser un peu. Continuez Ă rĂ©compenser les dĂ©lais (’B'), mais considĂ©rez ‘A’ comme acquis. Il faut intĂ©grer le contrĂ´le qualitĂ© continu et automatisĂ© Ă tout environement de dĂ©veloppement. Il doit ĂŞtre impossible de rĂ©ussir un “build” (et donc de livrer) si l’artefact en question ne respecte pas tous les standards en vigueur. J’ajouterai mĂŞme une revue obligatoire de tout code, du stagiaire au chef de projet, avant de pouvoir placer le post-it dans la colonne “fait” du tableau blanc. Passez par la colonne “en revue”, ne touchez pas vingt-mille francs. Enfin pas tout de suite… Soyons fous, rĂ©compensons la qualitĂ©
.
PS: merci Ă Majirus pour l’article
et développement web
troisième Loi de Clarke : «Toute technologie suffisamment avancée est indiscernable de la magie»
Aaaaah si seulement l’installeur d’Eclipse (et ça vaut également pour le prochain Eclipse 3.5
) était aussi agréable à utiliser…

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